Le couloir du diable

 

EXTRAIT du livre : 

 

L’heure du déjeuner était largement dépassée lorsque les enfants regagnèrent la cabane pour y prendre le sac qui contenait les sandwichs. Ils s’installèrent aux abords du tunnel et mangèrent avec autant d’appétit que d’habitude.

- Tout de même, je me demande pourquoi ce tunnel s’appelle le couloir du diable, déclara Fabien.

- C’est étrange, en effet, admit l’aîné, je pense qu’on peut essayer de se renseigner au village le plus proche.

- Il est à trois kilomètres, fit remarquer Aurélie. Les deux propriétés sont vraiment isolées.

- On regardera sur la carte, reprit le grand, il doit bien y avoir une raison.

- Je n’aime pas ce tunnel, gémit Patricia, il me fait peur et à vous aussi, je le sais !

- C’est vrai, reconnut Ralph, il s’en dégage une étrange atmosphère.

- C’est sans doute dû à son nom, avança Aurélie.

- Peut-être admit son frère.

- Tout à l’heure, lorsqu’on y est entré, reprit la fillette, j’ai eu l’impression que qu’on pénétrait dans un autre monde. Un monde inconnu et hostile.

- Tu me fais peur, gémit Patricia.

Elle jeta un coup d’oeil vers le trou béant qui s’offrait à ses yeux.

- Retournons à la cabane, proposa l’aîné.

 

Les quatre amis passèrent le reste de l’après-midi à flâner dans le parc.

- Au fait, on n’a même pas eu l’idée de prendre les portables, remarqua Fabien.

Aurélie eut un ricanement moqueur.

- Tu rigoles ? les portables pour camper dans le parc ?

- Ben on n’ sait jamais, rétorqua-t-il. En cas de problèmes.

- Et pourquoi pas un détachement de CRS ? souffla la gamine en haussant les épaules.

Le garçon ne répliqua pas : Aurélie avait raison, les portables n’étaient pas nécessaires.

 

Le temps était clair et la nuit s’annonçait magnifique ! Bientôt des centaines de milliers d’étoiles inonderaient le ciel de leur lueur céleste. Les enfants prirent un repas léger devant la cabane, puis, après avoir promené leurs regards émerveillés sur la splendeur du firmament, chacun se réfugia dans son sac de couchage. Par les petites fenêtres, restées entrebâillées, on percevait le chant des grillons, annonciateur, pensait-on, de beau temps pour le lendemain. Parfois, le hululement lointain d’une chouette se faisait entendre. Patricia, un peu inquiète se blottissait au plus profond de son lit de fortune, puis, au fur et à mesure que les heures passèrent ses craintes se dissipèrent et laissèrent place à un sommeil réparateur.

La nuit était calme et silencieuse lorsque, subitement, vers une heure du matin, un bruit insolite réveilla Fabien. C’était une sorte de frottement, un peu comme si quelqu’un avait cherché à pénétrer dans la cabane. Le garçon sentit la panique l’envahir, puis se calma un peu : peut-être, était-ce tout simplement un chevreuil égaré qui cherchait son chemin dans l’obscurité. Le bruit recommença. Cette fois, le doute n’était plus permis : quelqu’un errait dehors, cherchant peut-être à entrer. Cette idée effraya Fabien qui se recroquevilla au fond de son sac de couchage. Qui donc pouvait bien rôder ainsi le long de la baraque ? Le bruit se reproduisit pour la troisième fois. À l’intérieur, il faisait noir, la lueur répandue par la voûte céleste ne parvenait pas jusque-là. Fabien sentait son coeur battre à tout rompre dans sa poitrine. Il allait se lever pour guetter dehors, mais à peine fut-il assis qu’il distingua une ombre devant la fenêtre de gauche, celle qui donnait sur la propriété du château. Le gamin crut défaillir. N’y tenant plus, il appela Ralph.

- Je suis réveillé, murmura ce dernier. Ne fais pas de bruit.

L’aîné rejoignit son ami et tous deux allèrent, à tâtons vers la fenêtre. L’ombre avait disparu, laissant place aux étoiles plus scintillantes que jamais. Ralph se glissa à l’extérieur, suivi de Fabien tremblant de peur. Les deux garçons scrutèrent les alentours. L’étrange clarté diffusée par la Voie lactée leur permit de deviner les contours du château. Ils avancèrent jusqu’à la clôture, distinguant mal sa limite précise.

- Ah ! cria soudain Fabien, Regarde là-bas !

Sur leur gauche, dans la propriété voisine, une forme claire courait vers le château. Un court instant, les deux garçons crurent distinguer une seconde silhouette plus sombre que la première.

- Qu’est-ce que c’est que ça ? murmura Ralph, médusé.

- Ce... c’étaient des fantômes je ne passerai pas une nuit de plus dans ce trou à rats ! demain je décampe !

- Crie moins fort, il est inutile de réveiller les filles ni de leur raconter quoi que ce soit, ce n’est pas la peine de les effrayer !

- C’étaient des fantômes, répéta Fabien. Des fantômes, tu m’entends ? J’ prends mes cliques et mes claques et j’ me tire tout de suite.

- En pleine nuit ? et tu veux aller où ?

- Au pavillon ! demain je repars à La Ferté.

- Ne sois pas stupide !

- C’est toi qui es stupide ! Tu ne vois jamais le danger ! il y avait un fantôme, peut-être deux, là ! tout près de nous, tu les as vus comme moi !

- Ne sois pas idiot ! je ne crois pas aux fantômes, murmura Ralph, d’une voix qu’il s’efforçait de rendre ferme. On y verra plus clair demain matin, si j’ose dire ! En attendant, rien aux filles pour l’instant, on retourne à la baraque demain on avisera.

Ils voulurent pénétrer dans la cabane mais se heurtèrent à Aurélie qui venait de se réveiller, sans doute à cause du cri de Fabien.

- Qu’est-ce que vous fabriquiez tous les deux dehors, en pleine nuit il est au moins trois heures du matin !

- Non, il est à peine une heure et demie, corrigea son frère.

- Que faisiez-vous dehors ? répéta la fillette.

- On a vu des fantômes.

- Fabien ! je t’avais dit de ne pas en parler aux filles.

- Pourquoi ? On n’est pas en sucre.

- Qu’est-ce que vous faites tous levés en pleine nuit ? demanda Patricia d’une voix encore tout engourdie de sommeil.

Fabien ne put s’empêcher de raconter l’étrange aventure qu’ils venaient de vivre.

- Qu’est-ce que ça veut dire ? demanda Patricia. J’ai peur, je veux retourner à la maison, tout de suite !

- Non, coupa Ralph, on reste là pour cette nuit, on verra bien demain. Je ne crois pas aux fantômes, on a peut-être eu une enfin une sorte d’hallucination.

- Moi, je crois aux fantômes, souffla Fabien, et dur comme fer, encore ! Par contre, tes histoires d’hallucinations.

- Bon on verra demain, répéta l’aîné, pour l’instant il fait nuit et on ne peut rien faire.

Ils se recouchèrent mais ne dormirent guère.

 

La douce chaleur du soleil de juillet entra de bon matin par l’une des fenêtres et les enfants, épuisés par la nuit qu’ils venaient de passer se levèrent pour essayer de trouver quelques réponses rationnelles aux questions qu’ils se posaient. Ralph fut le premier dehors. Il inspecta soigneusement le pourtour de la cabane en accordant plus d’attention au pied de la petite fenêtre où était apparue l’ombre mystérieuse.

Les trois autres le rejoignirent.

- Tu trouves quelque chose d’intéressant ? questionna Aurélie.

- Non, il n’y a rien sauf des traces de piétinement, mais elles peuvent avoir été laissées par nous-mêmes.

La fillette s’accroupit mais ne décela aucune empreinte particulière.

- Dans toute cette herbe, ce n’est pas facile de trouver des empreintes, lança-t-elle.

- Elle enfin l’ombre la plus claire est partie vers le château, précisa Fabien. Il a fallu pour ça qu’elle saute au-dessus de la clôture.

- La brèche n’est pas bien loin d’ici et elle a pu l’emprunter, remarqua l’aîné. On a mis un certain temps avant de sortir, cette nuit.

Patricia regarda le château avec inquiétude.

- Vous êtes sûr d’avoir vu un fantôme ?

- Oui ! affirma Fabien. Et ils étaient peut-être deux.

- Non, tempéra Ralph. On a vu quelque chose ça oui ! Quelque chose de bizarre, même. Mais rien ne permet d’affirmer qu’il s’agisse de quelque chose de surnaturel.

- Je n’aime pas cet endroit, reprit la cadette. Il y a d’abord eu ce ce visage que j’ai entrevu hier.

- Tu as peut-être rêvé, coupa sa soeur.

- Tu me prends pour une folle ? Il y a eu ce visage à la fenêtre. ! Il était bien réel, j’en suis sûre ! puis, cette nuit, vous avez vu ce ces fantômes.

- C’est étrange, c’est vrai, admit son frère, mais si tu veux Pat’, tu peux repartir au manoir avec papa et maman.

- Non, je suis bien avec vous trois on verra plus tard.

 

Les enfants regagnèrent le manoir pour y récupérer des victuailles et consulter les guides touristiques de la région qui tenaient une bonne place dans la bibliothèque.

- Il n’y a rien de particulier sur le château, soupira Ralph.

- Moi, j’ai quelque chose, s’écria Aurélie en brandissant un petit guide noir aux pages jaunies par le temps.

- Dis vite, pressa Fabien.

- Ils parlent du couloir du diable.

Madame Lebrun, qui passait par-là, s’arrêta net, étonnée par les propos de sa fille.

- C’est le nom d’un ancien tunnel de chemin de fer qui est situé au fond du parc, expliqua l’aîné qui avait peur que sa mère ne s’affole et ne leur interdise de camper. Le visage d’Aurélie prit une couleur écarlate qui provoqua l’hilarité des autres.

- J’ai fait une gaffe, murmura-t-elle.

- Mais non, souffla son frère, tu étais si contente de nous annoncer que tu avais trouvé des renseignements sur ce fameux tunnel alors, montre.

La fillette, heureuse de la tournure qu’avaient prise les choses, lut doucement la page du vieux livre :

 

« Un tunnel fut construit en 1856 pour exploiter la carrière qui se trouvait sur un vaste domaine. À cet emplacement il y avait, jadis, une colline au nom mystérieux de colline du diable. Une vieille légende raconte qu’au moyen âge, les sorcières y menaient commerce avec le malin ».

 

- Le malin ? questionna Fabien.

- Oui, le diable, quoi, répliqua Ralph.

Aurélie avala péniblement sa salive, tandis que sa soeur sentait une terreur sans nom monter en elle.

- Ce ne sont que des légendes, comme il y en avait partout, autrefois, assura l’aîné, n’ayez pas peur, il n’y a rien à craindre.

- Qu’est-ce que tu en sais ? souffla Fabien. Il y a peut-être du danger, au contraire.

- Je te rétorque la même chose, lança Ralph excédé. Comment peux-tu affirmer qu’il y a du danger.

- Mais on a vu quelque chose, cette nuit, souffla Fabien en surveillant les alentours, comme s’il craignait une attaque extérieure.

- Après tout, le château est peut-être habité, reprit l’aîné.

- Papa a dit que non, rappela Aurélie.

- Il n’est pas au courant de tout ce qui se passe, avança son frère, les propriétaires sont peut-être revenus à son insu.

- Nan ! coupa Fabien, presque à voix haute.

- Tu n’es pas obligé d’ameuter tout le monde, répliqua Ralph excédé. Si vous voulez, on peut réintégrer le manoir dès aujourd’hui et adieu le camping. On passera le reste du séjour ici

- Bon, bon, je n’ai rien dit, gémit Fabien.

Il regarda autour de lui, admirant les beaux meubles anciens, les tableaux, les bibelots, puis faisant une moue qui fit rire les autres, reprit, résigné : tu as sans doute raison.

 

Pour acheter ce livre, cliquez ici